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Perspectives sur l'or : taux, coûts miniers et allocation de capital (Crédit Mutuel AM)
information fournie par AOF 30/09/2026 à 16:18

(Zonebourse.com) - Charlotte Peuron, gérante actions chez Crédit Mutuel Asset Management et spécialiste sur les marchés des matières premières, livre son analyse sur les perspectives de l'or à travers quatre questions.

Taux d'intérêt et volatilité : quel impact sur le cours de l'or ?

Après la volatilité observée en 2025 et 2026, la première interrogation concerne le rôle des anticipations de taux sur l'évolution future du métal jaune. A cette question, Charlotte Peuron explique que la hausse des taux des banques centrales et l'évolution des taux d'intérêt long terme alimentent la volatilité du cours de l'or.

"A court terme, la hausse des taux longs américains est plus forte que celles des anticipations d'inflation, entraînant ainsi une hausse des taux réels. Cette configuration est négative pour l'or, les investisseurs lui préférant des placements rémunérés plus attractifs. La hausse des taux directeurs, de la Fed notamment, a été bien anticipée par le marché au cours du mois de septembre, ce qui explique la correction récente. Le dollar américain joue également un rôle à court terme, et sa force pèse actuellement sur le cours. Compte tenu des indicateurs financiers, des conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, des conséquences sur le prix de l'énergie ou encore l'échéance des Midterms aux Etats-Unis... nous pensons que cette volatilité devrait perdurer au cours des prochains mois", détaille-t-elle.

Producteurs d'or et hausse des coûts : quelles marges face à l'inflation énergétique ?

Alors que les cours restent élevés, une deuxième question se pose : comment les producteurs gèrent-ils la pression de la géopolitique et de l'énergie sur leurs coûts de production ? Pour Charlotte Peuron, il convient de regarder les véritables moteurs à surveiller à moyen terme. Depuis le début de l'année, le prix moyen de l'or s'établit à 4 555 dollars/once (au 18 septembre 2026), soit une hausse de 1 113 USD/once par rapport au prix moyen de 2025 qui s'élevait à 3 442 USD/once. Bien que les sociétés enregistrent des hausses de coûts liées à la flambée des prix de l'énergie, elles sont compensées par la hausse du prix de l'or (le coût énergétique d'une société minière représente 10 à 20% des coûts opérationnels). Ce qui pénalise actuellement les sociétés aurifères sont les coûts des royautés (indexées au prix de l'or). Aujourd'hui, les All In Sustaining Costs* étant autour de 1 800 USD/once produite, les marges sont encore très confortables pour les producteurs.

**All-In Sustaining Cost (AISC) : indicateur financier mesurant le coût complet d'exploitation et de maintien de la production d'une mine d'or.

"Nous restons attentifs à un éventuel excès de confiance des dirigeants qui pourrait amener à du surinvestissement ou des opérations de M&A payées au prix fort. Même s'il ne s'agit pas de notre hypothèse principale, ce scénario serait négatif en cas de fort retournement du cours de l'or. Il convient de rester alerte car un actif minier constitue un investissement de long terme dont les variables peuvent évoluer brusquement, comme nous l'observons actuellement", avertit Charlotte Peuron.

Retour aux actionnaires vs investissements : comment les minières gèrent-elles leur capital ?

Au-delà des coûts d'exploitation, la troisième question porte sur l'arbitrage opéré par le secteur minier entre la redistribution aux actionnaires et l'effort d'investissement de long terme.

La spécialiste s'exprime ensuite sur la question de l'équilibre établi entre les retours aux actionnaires du secteur minier et l'effort d'investissement de long terme. Charlotte Peuron rappelle le changement de paradigme à l'oeuvre : "Historiquement les sociétés minières aurifères font du retour à l'actionnaire au travers de dividendes versés après les investissements. A ce titre, les investisseurs leur ont reproché les surinvestissements lors du cycle précédent. Aujourd'hui, les sociétés font donc preuve d'une plus grande discipline dans leur allocation du capital."

Concernant les sociétés majors (Newmont, Agnico Eagle Mines, etc.), le retour à l'actionnaire représentait près de 36% en 2025, année marquée par une forte croissance des rachats d'actions, qui constituent près de 18%, tandis que les investissements représentent moins de 50%. Après avoir massivement investi entre 2021 et 2024, ces sociétés engrangent depuis l'année dernière le fruit de ces investissements.

"La nouveauté réside dans les programmes de rachats d'actions opérés par les sociétés de taille moyenne comme Torex Gold Resources, DPM Metals, etc., qui historiquement faisaient peu de retour à l'actionnaire. Grâce à leurs mines en opération, ces entreprises génèrent actuellement beaucoup de liquidités, ce qui leur permet de financer leur développement et faire du retour aux actionnaires", détaille l'experte.

Or physique ou actions minières : quel arbitrage privilégier aujourd'hui ?

Enfin, la quatrième et dernière question concerne l'arbitrage concret pour les investisseurs : vaut-il mieux détenir de l'or physique ou passer par des sociétés minières pour s'exposer à la thématique ? Pour Charlotte Peuron, face aux risques économiques et géopolitiques, à la poursuite du mouvement de débasement du dollar américain et à l'endettement massif des Etats comme les Etats-Unis (dont la dette atteint 40 000 milliards de dollars), les investisseurs ont diversifié leurs portefeuilles et sont revenus sur la thématique aurifère.

"Selon nous, cette thématique reste un actif de diversification pertinent, soit au travers de l'or (physique ou financier) soit au travers des sociétés minières", soutient-elle.

En dépit de la volatilité de court terme liée à l'évolution des taux et aux anticipations de politique monétaire, les fondamentaux à long terme de l'or physique restent solides (bijouterie, investissement, banques centrales, etc.). Mais celui-ci n'offre pas de rendement : il est donc pénalisé en période de hausse de taux. A l'inverse, dans l'environnement actuel où le prix de l'or se maintient au-dessus de 4 000 USD/once, les sociétés minières bénéficient d'un effet de levier opérationnel important dont elles redistribuent une partie à leurs actionnaires.

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